Un groupe de sept actions de résilience climatique basées sur la nature au Bénin


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Aujourd'hui, les habitants du sous-bassin béninois de la Basse et de la Moyenne Vallée de l'Ouémé et du delta côtier sont mieux préparés à relever les défis des inondations récurrentes. Dans cet article, nous énumérons sept initiatives en matière d’opérationnalisation de la gestion intégrée des ressources en eau (GIRE) qui protègent des vies, des moyens de subsistance et créent des emplois.

Avant la COP 26, plusieurs organes des Nations Unies ont appelé les dirigeants du monde à « accélérer de toute urgence les mesures pour faire face aux conséquences du changement climatique liées à l'eau. L’effet des changements climatiques dans le sous–bassin de la Basse et Moyenne Vallée de l’Ouémé et dans le Delta côtier se caractérise essentiellement par la récurrence des inondations et de poches de sécheresse d’une part, et par l’accentuation de l’érosion hydrique et la dégradation des écosystèmes d’autre part. L’inondation résulte de la combinaison de plusieurs facteurs notamment les pics de décharge des rivières, le mauvais entretien et la faible capacité des ouvrages de drainage des eaux pluviales et l’absence des mesures de protection [1] contre l’inondation. L’érosion quant à elle résulte de l’accroissement des vitesses de ruissellement et du lessivage des sols qui favorise le dépôt des sédiments dans les lits des cours d’eau entraînant leur ensablement et leur encombrement. Toutes ces perturbations affectent drastiquement la vie des populations

Les projets subventionnés sont portés et exécutés par 3 organisations internationales à savoir, CIDR–Pamiga, Protos-Join for Water, et VNG International. Ainsi, plusieurs initiatives comme la mise en place d’un système d’alerte précoce communautaire (SAPC), des dispositifs de conservation des eaux et des sols, la réalisation de digue de protection contre l’inondation, ont été menés dans le cadre de ces projets qui ont privilégié des solutions basées sur la nature et la valorisation des connaissances endogènes des communautés.

Balise d’alerte du niveau d’eau

Digue de protection contre l’inondation au marché de Djassin – Tokpa (Porto – Novo)

Installation des balises en béton armé pour surveiller les inondations et les crues au niveau des localités à haut risques d’inondation  

Afin de permettre aux communautés de base de prendre à temps des dispositions en vue de la limitation des préjudices liés aux inondations, un système de résilience des communautés a été mis en place au niveau des localités à haut risque d’inondation. Ce système se base sur l’observation des eaux et la lecture de balises en béton armé sur lesquelles sont marquées en couleurs vives les bandes indiquant les seuils d’alerte. Ces balises placées à des endroits stratégiques permettent aux communautés d’assurer une veille sur les niveaux des eaux, et d’anticiper ainsi les catastrophes liées aux inondations en prenant les décisions adéquates en temps opportun en fonction de la hauteur de l’eau. Ainsi, quelques 70.000 personnes réparties dans 34 villages / quartiers de 07 communes (Abomey-Calavi, Ouinhi, Sèmè-Podji, Sô-Ava, Zangnanado, Zê, et, Zogbodomè) bénéficient actuellement de ce dispositif.

Construction d’une digue de protection contre les inondations au niveau du marché de Djassin Tokpa, sujet à des inondations récurrentes

Le marché de Djassin Tokpa, situé au bord de la lagune dans la commune de Porto-Novo est essentiellement animé par les femmes (revendeuses de poissons, légumes, etc.). Pendant les périodes d’inondation (mi-avril à mi-novembre), ces femmes ne disposent plus d’espace pour l’étalage de leurs marchandises et les échanges commerciaux, ce qui réduit ainsi leurs revenus pendant une bonne partie de l’année. La construction d’une digue de protection contre l’inondation en béton sur une longueur de 45 mètres, et munie de 2 rampes et des garde-fous, a permis depuis son érection que le marché se tienne toute l’année sur le site et aux femmes de disposer de plus d’espaces pour exposer leurs marchandises.

Surcreusement

Extraction du sable fluvial

Mise en place des dispositifs de Conservation des Eaux et des Sols (CES) pour réduire le flux hydrique et ses corollaires (inondation et érosion) dans les zones basses du sous-bassin

Basé sur le principe de l’hydraulique douce, les dispositifs de CES mis en place (fascine, diguette en terre, cordon pierreux, surcreusement, etc.) ont favorisé la réduction du flux hydrique. Ces dispositifs sont construits avec des matériaux locaux (branchage, terre de barre parfois avec un ajout de faible quantité de ciment, sacs de jutes, etc.). Un surcreusement a une capacité d’au moins 3000 m3 et est destiné à conserver l’eau pour le petit maraîchage. Ces dispositifs sont faciles à reproduire par les populations grâce aux formations qu’elles ont reçues. Ce savoir-faire est envisagé pour contribuer à l’élargissement des possibilités d’emploi.

Augmentation des capacités de rétention des cours d’eau en vue de la réduction des inondations 

Avec l’appui de près de 200 exploitants de la filière sable fluvial, les fonds des cours d’eau sont régulièrement débarrassés des apports des sédiments et notamment du sable. Cette pratique augmente la capacité de rétention d’eau et par ricochet, le débordement d’eau des lits de ces cours d’eau qui occasionne les inondations. Les groupements d’exploitants de la filière sable fluvial ont reçu un appui en développement organisationnel, dotés d’équipements (pelles, sceaux, brouettes, gants, barques motorisées, etc.) et d’aires de stockage du sable. L’accompagnement a pris également en compte la structuration des groupements et leur reconnaissance officielle.

Caniveau construit à Tokpa- Zoungo (Abomey – Calavi)

Désencombrement de voie d’eau à Sèdjè (commune de Zè)

Construction de 2 caniveaux en béton et 2643 mètres linéaires de désencombrement des voies d’eau dans la localité de Tokpa Zoungo sujette à des inondations récurrentes

Jusqu’en 2019, le quartier de Tokpa Zoungo, dans la commune de Abomey–Calavi était exposé aux eaux pluviales et envahi par les eaux usées venant de l’Université d’Abomey Calavi. Le quartier a été assaini grâce aux travaux de construction de caniveaux en béton (2 caniveaux de section 0,9mx1,00m ; puis de 0,6mx0,6m d’une longueur totale de 195 mètres linéaires. Le désencombrement des voies d’eau dans cette localité s’est effectué sur une longueur de 2643 mètres. Avec l’extension des 2 caniveaux et les travaux de désencombrement effectués dans la zone, les maisons jadis inondées à partir du mois d’avril, sont restées au sec pendant au moins 5 mois, c’est-à-dire jusqu’à fin août.

Mise en œuvre des travaux de désencombrement des voies d’eau pour assurer un meilleur écoulement des eaux et éviter leur stagnation dans la commune de Zè

L’accompagnement des communautés des localités de Sèdjè, Kpodji- Lèmon, Ahokpa dans les communes de Zè et d’Abomey Calavi dans les travaux de faucardage et de désencombrement des voies a permis d’améliorer le fonctionnement des cours d’eau Amont – Aval. En effet, le curage des voies d’eau a favorisé le désengorgement des terres autrefois inondées et de rendre disponible de vastes étendues pour les cultures vivrières (par exemple à Sèdjè dans la commune de Zè) ; un total de 15.535 mètres linéaires a été désencombré. Les terres exondées cultivées et semées de produits vivriers

Désencombrement de voie d’eau à Sèdjè (commune de Zè)

Conservation des écosystèmes- régénérescence de Mangrove 

La commune des Aguégués est confrontée à la disparition des mangroves avec la destruction abusive des palétuviers. Grâce à l’évaluation environnementale participative, les différents problèmes et déficit en services écosystémiques ont été identifiés. A partir des recherches de solutions aux problèmes identifiés un plan d’action communautaire de gestion des écosystèmes a été élaboré par village. Puis, ces plans sont regroupés en « pack projet » pour un ensemble de villages/localités. Dans le cadre de la mise en œuvre des plans de gestion communautaire de restauration des services écosystémiques, l’action de la restauration des mangroves, par la plantation des palétuviers a été identifiée dans les localités de Djigbécomè et de Aniviécomè dans la commune des Aguégués pour une superficie totale d’environ 5 hectares. L’impact des mangroves sur l’atténuation des préjudices liés aux changements climatiques notamment la protection contre l’érosion des terres et les vents violents, la sauvegarde des espaces d’alevinières et la disponibilité de bois de chauffe grâce à la régénérescence des écosystèmes aquatiques. Une superficie totale de mangrove de 5 ha a été restaurée grâce aux contributions en nature des communautés.

Ces sept actions concrètes d’opérationnalisation de la GIRE, basées sur la nature ont été mis en place par des partenaires de développement internationaux des gouvernements du Bénin et des Pays-Bas. Des dispositions sont en cours pour diffuser à l'échelle du Bénin les connaissances, et expériences acquises en vue de leur application et maintien.

 

 

Écrit par : Agossa Messan Hadonou avec Anjani Abella et Margot Piquet
Photos : SNV et OmiDelta NSA partenaires CIDR-Pamiga, Protos-Join for Water et VNG International
Plus d’informations : Cet article a été produit dans le cadre du programme OmiDelta Non-State Actors' Programme géré par SNV. Le programme a débuté en décembre 2016 et se termine en décembre 2021.
Pour en savoir plus sur le programme, consultez ici et/ou envoyez un e-mail à Ousmane Ibrahim, chef de projet, ou à l’équipe WASH de SNV au Bénin.