Sauvegarder les pasteurs et leurs systèmes alimentaires


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Répondre aux besoins alimentaires d'une population mondiale croissante sur une planète aux ressources limitées est un défi. Produire durablement et suffisamment de protéines pour répondre aux besoins d'une alimentation saine est un défi encore plus particulier. Près de 10 % de la population mondiale tirent leurs besoins en protéines (viande et produits laitiers) des systèmes de production pastoraux. Par exemple, 65 % de la viande et 70 % du lait vendus sur les marchés locaux de la région du Sahel proviennent de systèmes pastoraux. Dans les zones arides, les hautes terres, les zones forestières et les zones humides où la production agricole est souvent difficile, les pasteurs sont donc essentiels à la sécurité alimentaire.

S'il ne fait aucun doute que le pastoralisme contribue de manière significative à la sécurité alimentaire dans le monde, dans de nombreux pays d'Europe ou d'Amérique du Nord, la surconsommation de produits d'origine animale conduit à la malnutrition, et ses corollaires obésité et maladies cardiovasculaires. Les méthodes de production intensive qui sont utilisées contribuent aussi de manière significative au changement climatique à travers d’importantes émissions de gaz à effet de serre et une réduction de la biodiversité par déforestation. Il est donc extrêmement important que ce débat souvent polarisé sur la production et la consommation de produits d'origine animale reconnaisse plus explicitement les différences entre les systèmes de production et souligne leur diversité. Alors que certains systèmes de production animale contribuent indéniablement au changement climatique et nuisent à l'environnement, d'autres sont cruciaux pour les moyens de subsistance, la nutrition et la santé des populations locales et contribuent activement à la protection des écosystèmes et de la biodiversité.

Cette année, et à l'occasion du Jour de la Terre, il est important de réitérer l'engagement continu de SNV à préserver la santé de la planète pour les générations futures, notamment en soutenant les éleveurs dans leurs efforts pour protéger leurs systèmes alimentaires face au changement climatique et à l'insécurité.

Résilience climatique et systèmes alimentaires mondiaux

Le pastoralisme a longtemps été accusé de contribuer à la dégradation de l'environnement en raison de son caractère extensif et de sa faible productivité. Dans les années 1970, aux premiers signes de perturbations climatiques attribuées à l'homme, son image a même été associée à la désertification. Cependant, le pastoralisme contribue activement à la régénération des pâturages et à la séquestration du carbone dans le sol des zones les plus arides et par conséquent son empreinte carbone est mieux atténuée que celle de systèmes plus intensifs tels que l'élevage en ranch.

Dans les zones où la pluviométrie est très incertaine, la mobilité pastorale permet de répartir au mieux le bétail sur le territoire en fonction des précipitations et des ressources naturelles disponibles. Elle limite ainsi le surpâturage et les feux de brousse, valorise des ressources inexploitées et favorise la dispersion de la biodiversité. En plus d’offrir de tels services pour la nature, le pastoralisme reste essentiel pour assurer les besoins nutritionnels en protéines des populations - y compris celles qui sont les plus touchées par le réchauffement climatique, non seulement au sein des communautés pastorales vivant en zone aride mais aussi vers les centres urbains des zones périphériques - à travers des chaînes de distribution relativement courte. Enfin, les pasteurs avec leur transhumance favorisent l’émergence de liens sociaux vivants entre les communautés sédentaires et mobiles.

Eleveurs : victimes du changement climatique et de l'insécurité

Alors que les pasteurs exploitent des environnements déjà difficiles aux conditions climatiques imprévisibles, ils sont confrontés à de nouveaux défis démographiques, économiques et politiques. Avec la combinaison des conflits, de la pandémie de COVID-19, du changement climatique et de la hausse des prix des denrées alimentaires, on estime que 35 millions de personnes vivant au Sahel seront en situation d'insécurité alimentaire en 2022, dont près de cinq millions de personnes déplacées. (CSAO-OCDE 2022).

Il est donc devenu difficile pour les pasteurs de préserver leurs systèmes alimentaires, en particulier pour les plus jeunes qui doivent de faire face à un avenir incertain marqué par un climat imprévisible, la faiblesse du régime pastoral des terres et de l'eau, la stigmatisation ethnique et les obstacles à la mobilité. À la recherche d'un avenir et de moyens de subsistance meilleurs, beaucoup sont contraints de quitter la vie pastorale pour diversifier leurs activités ou migrer, tandis que d'autres – comme au Sahel – rejoignent les groupes armés.

Avec la propagation de l'insécurité et de la violence, les femmes pastorales luttent pour maintenir une source de nourriture pour leurs familles. Au Burkina Faso, la présence active de groupes armés non étatiques a entraîné une réduction de la mobilité pastorale qui, à son tour, a exacerbé l'insécurité alimentaire et nutritionnelle à travers le pays. Mme Aminata Diallo fait partie des centaines de milliers de femmes pastorales qui luttent pour nourrir leur famille en raison de l'insécurité. « Avant, je pouvais me déplacer avec le troupeau et nourrir mes enfants avec le lait de nos vaches. Aujourd'hui, les femmes pastorales ont peur. Nous sommes obligés de nous cacher. Mes vaches ne sont qu'à 30 kilomètres, mais je ne peux pas les traire. Tout ce dont je rêve, c'est de pouvoir garder une vache ou deux à côté de moi pour nourrir mes enfants. »

Reconnaître que les pasteurs sont avant tout des victimes plutôt que des acteurs de l'insécurité ou de l'instabilité est crucial. Les pasteurs constituent une main-d'œuvre compétente et active, essentielle à la production de protéines animales dans les zones arides et nécessaire pour entretenir et régénérer les paysages de pâturage.

Investir dans notre planète en soutenant le pastoralisme

Face au changement climatique qui affecte sur Terre les populations les plus vulnérables et menace d'inverser les progrès du développement et d'exacerber l'extrême pauvreté, la SNV mène de multiples projets pastoraux au Sahel et dans la Corne de l'Afrique qui :

  • Offrent des opportunités technologiques, écologiques, commerciales et financières aux communautés pastorales pour leur permettre de s'adapter aux nouvelles contraintes environnementales sans compromettre leur mobilité. En savoir plus sur ce projet ici.
  • Aident les jeunes des communautés pastorales à se professionnaliser, trouver un emploi ou développer leur activité en s'appuyant sur le commerce d'animaux ou les filières associées. En savoir plus sur ce projet ici.
  • Intègrent la gestion des ressources naturelles dans une approche « paysagère » pour mieux prendre en compte tous les usages et usagers dans la gouvernance des territoires et renforcer les complémentarités économiques, la cohésion sociale et les services environnementaux. En savoir plus sur ce projet ici.
  • Reconsidèrent des approches innovantes encore plus inclusives qu'en milieu sédentaire pour maintenir la mobilité des éleveurs : Partenariat avec les organisations d'éleveurs et d'éleveurs, digitalisation de l'information, sensibilité aux conflits, inclusion des femmes et des jeunes, dialogue politique multi-acteurs du niveau local au niveau frontalier.

 

Pour SNV, investir dans notre planète signifie s'assurer que les communautés vulnérables, telles que les pasteurs, maintiennent leurs moyens de subsistance et leurs systèmes alimentaires de manière durable tout en préservant la santé de notre planète. L'année 2026, qui a été déclarée Année internationale des parcours et des pasteurs par l'Assemblée générale des Nations Unies, doit donc servir de jalon pour que le pastoralisme soit remis au cœur des politiques d'adaptation aux changements climatiques et de résilience des systèmes alimentaires.

 

 

Written by: Catherine Le Come, Global Technical Advisor Livestock, and Serge Aubage, Global Technical Advisor.